Décideurs

Prise de poste DSI : les 100 premiers jours qui font la différence

APArnaud Pollet 6 min de lecture
Prise de poste DSI : les 100 premiers jours qui font la différence

Jour 4. Un directeur commercial débarque dans votre bureau sans frapper : « Le CRM rame depuis trois semaines, votre prédécesseur promettait un correctif, on en est où ? » Vous ne savez même pas encore où sont les toilettes. Bienvenue. La prise de poste d'un DSI, ce n'est pas un plan à 3 ans qu'on déroule tranquillement. C'est une succession d'urgences pendant que tout le monde vous jauge.

1.Ne touchez à rien pendant trois semaines (ou presque)

La tentation est énorme. Vous arrivez avec vos convictions, vos anciens outils qui marchaient si bien, votre lecture immédiate de ce qui « cloche ». Résistez. Le DSI qui décide de migrer vers Azure la deuxième semaine parce que « c'est évident » a déjà perdu. Pas parce que Azure est un mauvais choix. Parce qu'il ne sait pas encore pourquoi son prédécesseur ne l'a pas fait.

Il y a presque toujours une raison. Un contrat cadre signé jusqu'en 2027. Une appli métier critique qui ne tourne que sur une version précise. Un DAF qui a refusé la ligne budgétaire deux fois. Votre job des premières semaines, c'est de comprendre ces raisons avant de les balayer. Écoutez plus que vous ne parlez. Ça paraît basique. Peu le font vraiment.

2.La cartographie que personne ne vous donnera

On vous remettra un joli schéma d'architecture. Il datera de deux ans et sera faux à 30 %. Vraie histoire : dans une ETI industrielle, le nouveau DSI découvre au bout de six semaines un serveur physique planqué dans un local technique, hors inventaire, qui hébergeait la paie. Personne ne l'avait mentionné. La personne qui l'administrait était partie en retraite.

Alors reconstruisez la carte vous-même. Concrètement, ce que vous cherchez :

  • Les applications critiques et qui les fait tourner réellement (pas l'organigramme, la réalité)
  • Les contrats fournisseurs, leurs échéances et leurs clauses de sortie
  • Où sont les données sensibles, et qui y accède sans qu'on le sache
  • La dette technique cachée : ces trucs qui « marchent » mais que plus personne ne comprend

Cette phase prend du temps. Bloquez-la dans votre agenda comme un chantier, pas comme un à-côté.

3.Les métiers ne vous attendent pas pour parler de vous

Le piège classique : passer 80 % de son temps avec ses équipes IT. Rassurant, confortable, on parle le même langage. Erreur. Votre légitimité ne se joue pas dans votre service. Elle se joue chez le directeur commercial, la DRH, le responsable supply chain. Sortir de l'IT vaut aussi à l'extérieur : les communautés de DSI servent surtout à ça.

Prenez rendez-vous avec chacun d'eux dans le premier mois. Une seule question à leur poser, et fermez-la ensuite : « Qu'est-ce qui vous empêche de bosser aujourd'hui à cause de l'IT ? » Vous récolterez de l'or. Et parfois du poison — des demandes irréalistes, des rancœurs contre votre prédécesseur, des projets fantômes. Notez tout. Ne promettez rien.

Le jour où j'ai arrêté de défendre mon équipe pour écouter vraiment les métiers râler, tout a changé. Ils ne voulaient pas de la lune. Ils voulaient qu'on les rappelle.— Karim B., DSI d'un groupe de distribution

4.Un quick win, pas dix

Vous avez besoin d'une victoire visible avant la fin des 100 jours. Une seule suffit, à condition qu'elle soit vraie et qu'elle parle aux métiers, pas aux techos.

Exemple qui marche : réduire de moitié le délai de traitement des tickets support en réorganisant simplement la file d'attente et en affichant les temps de réponse. Pas de projet à 200 000 €. Juste de la rigueur et de la transparence. Les gens le sentent en trois semaines. À l'inverse, méfiez-vous du grand chantier structurant lancé trop tôt : il ne produira aucun effet visible avant un an, et d'ici là on aura oublié que c'était vous.

Petite nuance, parce que je ne veux pas vous vendre du rêve. Le quick win a un revers. Il crée une attente de cadence. Une fois que vous avez montré qu'on peut aller vite, on vous demandera d'aller vite sur tout. Assumez-le, mais posez le cadre dès le départ.

5.Le budget : votre vrai terrain de crédibilité

Un DSI qui ne maîtrise pas ses chiffres devant le DAF, c'est un DSI qui perd. Point. Dans les premières semaines, exigez le détail : combien coûte quoi, en run et en build, avec quelle trajectoire. Vous serez surpris. Souvent, 60 à 70 % du budget part dans le maintien de l'existant, et personne au comex n'en a conscience.

C'est là votre levier. Le jour où vous montrez au DAF que trois licences se recouvrent, que deux prestataires facturent la même prestation, ou qu'un contrat renouvelé par tacite reconduction coûte 40 % au-dessus du marché — ce jour-là, vous n'êtes plus le « type de l'informatique ». Vous êtes un pair. Un directeur qui parle argent.

6.L'équipe vous teste, et c'est sain

Vos collaborateurs ont vu passer des DSI. Certains attendent que vous vous plantiez. D'autres espèrent que vous allez enfin trancher un conflit qui pourrit depuis deux ans. Ne cherchez pas à plaire tout de suite.

Ce qui compte : tenir une promesse, même petite. Vous dites que vous revenez vendredi avec une réponse ? Revenez vendredi. Cette fiabilité-là construit plus de confiance que n'importe quel discours d'arrivée. Et si vous devez faire un choix impopulaire — arrêter un projet cher au cœur d'un chef d'équipe, par exemple — faites-le tôt. Attendre ne fait que rendre la décision plus douloureuse et vous plus faible.

7.Ce qui reste après 100 jours

Au bout des 100 jours, vous n'aurez pas transformé la DSI. Ce serait un mensonge de le prétendre. Vous aurez fait autre chose, plus fondamental. Vous saurez où sont les corps, qui tient quoi, où l'argent fuit, quels métiers sont vos alliés et lesquels vous observent de loin.

Et surtout, vous aurez un plan. Pas un PowerPoint de 40 slides. Trois ou quatre priorités, chiffrées, arbitrées, que vous pouvez défendre en cinq minutes devant le comex. C'est ça, la vraie sortie de piste des 100 jours. Le reste — la transformation, le cloud, l'IA, tout ce buzz — viendra après. Sur des bases solides, ou pas du tout.

Ces trois ou quatre priorités, faites-les relire par un DSI extérieur à votre organisation avant de les défendre devant le comex. Le regard neuf coûte une heure et évite des trimestres.

Et si vous décidiez mieux, entre pairs ?

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