Décideurs

Budget IT : quelle part du chiffre d'affaires en 2026 ?

APArnaud Pollet 6 min de lecture
Budget IT : quelle part du chiffre d'affaires en 2026 ?

Chaque automne, la même scène. Le DG débarque dans le bureau de la DSI avec un chiffre en tête : « J'ai lu qu'on devrait être à 4 % du CA en IT, on est où nous ? » Et là, le DSI transpire un peu. Parce que ce chiffre unique, ce ratio magique, il ne veut pas dire grand-chose. Mais il faut quand même y répondre. Alors répondons bien.

1.Le pourcentage que tout le monde cite (et pourquoi il ment)

Les moyennes circulent depuis des années. Entre 3 et 5 % du chiffre d'affaires pour une entreprise « classique ». Gartner, Deloitte, les cabinets sortent leurs benchmarks chaque année. Et ces chiffres ne sont pas faux. Ils sont juste inutilisables tels quels.

Pourquoi ? Parce qu'une banque tourne à 8-10 % de son CA en IT. Une foncière immobilière, à 1 %. Un distributeur, souvent sous les 2 %. Un éditeur SaaS peut monter à 15 % sans que personne ne s'inquiète — c'est son outil de production. Comparer ces mondes revient à comparer le budget carburant d'un transporteur routier avec celui d'un cabinet d'avocats.

Le ratio moyen tous secteurs confondus ? Autour de 4 %. Ça vous fait une belle jambe si vous êtes dans l'industrie manufacturière où la norme tourne plutôt à 2-3 %.

2.Ce que 2026 change vraiment dans l'équation

La vraie rupture des deux dernières années, c'est le glissement du CAPEX vers l'OPEX. Vous n'achetez plus des serveurs tous les cinq ans. Vous payez du cloud tous les mois. Vous payez des licences par utilisateur. Vous payez à l'usage.

Résultat : votre budget IT est devenu beaucoup plus lisible mois par mois, et beaucoup moins pilotable. J'ai vu une PME industrielle voir sa facture cloud grimper de 40 % en un an sans avoir lancé le moindre projet. Simple effet du volume de données et de l'indexation des contrats. Personne n'avait touché à rien. La facture, elle, avait bougé.

Et puis il y a l'IA. Ou plutôt : la ligne budgétaire que tout le monde vous demande et que personne ne sait chiffrer. En 2026, difficile d'échapper à un poste « GenAI ». Copilot à 30 balles par utilisateur et par mois, ça a l'air anodin. Multipliez par 800 collaborateurs. Faites le calcul. On parle de plusieurs centaines de milliers d'euros pour un outil dont le ROI reste, disons-le, encore flou dans beaucoup de boîtes.

On a déployé Copilot sur 200 licences en pilote. Six mois après, je suis incapable de prouver au CODIR qu'on a gagné un euro. Je le sens, je ne le prouve pas.— Karim B., DSI ETI services

3.Run contre Build : le seul découpage qui compte

Oubliez deux minutes le pourcentage du CA. La question qui doit vous obséder, c'est la répartition entre le « run » (faire tourner l'existant) et le « build » (construire du neuf, transformer).

La règle qu'on entend partout : 70 % de run, 30 % de build. Dans les faits, beaucoup d'entreprises sont à 85 / 15. Voire pire. Quand 85 % de votre budget passe à maintenir en vie de la dette technique et des serveurs qui prennent la poussière, vous ne transformez plus rien. Vous survivez.

Le vrai combat de 2026, c'est de faire baisser le run pour libérer du build. Concrètement :

  • Sortir les applications legacy qui coûtent une fortune en maintenance pour trois utilisateurs
  • Rationaliser le parc SaaS — vous avez probablement 30 à 40 % d'outils redondants ou sous-utilisés que personne n'a audités depuis deux ans
  • Renégocier les contrats cloud avant reconduction tacite, pas après

Chaque euro de run économisé, c'est un euro rendu disponible pour de la valeur. C'est ça, l'arbitrage. Pas le ratio brut.

4.La cybersécurité n'est plus une variable d'ajustement

Il fut un temps où la sécu, c'était la ligne qu'on rognait quand ça serrait. Fini. Comptez entre 8 et 15 % de votre budget IT total dédié à la cyber, et personne de sérieux ne vous reprochera d'être dans le haut de la fourchette.

La raison est brutale. Une ETI que je connais a payé une rançon — pardon, a « perdu » — l'équivalent de trois ans de budget IT lors d'un ransomware en 2023. Trois ans. Arrêt de production, restauration, expertise, assurance qui traîne des pieds. Face à ça, sous-investir dans la cyber n'est pas une économie. C'est un pari.

Et NIS2 est passée par là. Si vous êtes concerné, la conformité n'est plus optionnelle, et elle a un coût récurrent que vous devez sanctuariser dans votre plan pluriannuel.

5.Comment construire un chiffre défendable devant le CODIR

Voici ma conviction, après plusieurs cycles budgétaires vécus des deux côtés de la table. Ne partez jamais du pourcentage. Partez de la stratégie de la boîte, puis remontez au chiffre.

Trois questions avant d'aligner le moindre euro :

  • Quels sont les deux ou trois projets sans lesquels la stratégie 2026 tombe à l'eau ? Chiffrez-les vraiment, TCO sur trois ans inclus.
  • Quel est le socle de run incompressible ? Celui en dessous duquel ça casse.
  • Quelle réserve pour l'imprévu ? Parce qu'il y aura un imprévu. Il y en a toujours. 5 à 10 % de marge, sinon vous repasserez quémander en cours d'année, et ça, le DAF déteste.

Une fois ce chiffre construit, vous le divisez par le CA. Et là seulement, vous regardez si vous êtes dans les clous de votre secteur. Si vous êtes très en dessous de vos pairs, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle — ça peut signaler un sous-investissement qui vous rattrapera. Si vous êtes très au-dessus, préparez-vous à justifier chaque écart.

Le pourcentage n'est pas un objectif. C'est un thermomètre. On ne soigne pas un patient en fixant sa température à 37° : on traite ce qui la fait grimper. Votre budget IT 2026, c'est pareil. Défendez une trajectoire, pas un ratio. Le DG comprendra. Et s'il ne comprend pas, c'est peut-être là que se joue le vrai sujet.

Et si vous décidiez mieux, entre pairs ?

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